Je ne comprends pas

par Sylvie Bérard

Pour ceux et celles qui se demanderaient… Je fais référence à l’événement décrit ici.

Je ne comprends pas…

En tant qu’écrivaine de science-fiction, j’ai bien sûr des modèles qui m’inspirent. Ray Bradbury, qui est décédé hier, et ses Chroniques martiennes, ont bien sûr inspiré ma propre version des chroniques marSiennes que j’ai déployée dans Terre des Autres. De manière plus large, il y a plein d’auteures avec un E et d’auteures et d’auteurs québécois qui m’ont inspirée à écrire de la science-fiction et à consentir à me placer ainsi dans une situation de double exiguïté (voire triple et quadruple, mais ce sera peut-être l’objet d’une autre chronique, un jour).

Si j’étais peintre, ce serait pareil. J’aurais mes sources d’inspiration, mes mentors spirituels. Je pourrais m’inspirer de Van Gogh, qui a vécu son art jusqu’au bout, jusqu’à la folie, ou alors de Léonard de Vinci, grand homme de son temps, qui érigeait l’art au statut de science, et vice versa. Ou je m’inspirerais de modèles plus près de moi, de Riopelle, par exemple, dont l’Hommage à Rosa Luxembourg est un orgasme pour tous les sens et dans plusieurs sens.

Si j’étais cinéaste, j’aimerais avoir réalisé Mort à Venise de Luchino Visconti ou Mon oncle Antoine de Claude Jutra, et cela me serait probablement des inspirations secrètes, quoique, me connaissant, mes œuvres auraient plutôt l’air inspirées de certains films de Terry Gilliam ou de David Cronenberg, et le seraient aussi! Et le talent précoce et la belle énergie de Xavier Dolan seraient également une source d’émulation positive.

Si j’étais musicienne… Mais vous comprenez le principe.

Tout ça pour dire : Amir Khadir. Amir Khadir sur qui on tombe à bras raccourcis sur différentes tribunes parce que, à propos de son geste de désobéissance civile du 5 juin, il a osé révéler qu’il avait des modèles. Et pas les moindres: «Je fais ce que Martin Luther King aurait fait, ce que Gandhi aurait fait», a-t-il déclaré. «Je ne me compare pas, mais c’est nos modèles.» Je ne sais pas pour vous, mais pour moi, il y a pire comme mentors. Et c’est certainement plus courageux que de faire comme une certaine députée d’un autre parti qui, ce soir-là, manifestait aux côtés d’Amir Khadir, mais qui a jeté la casserole et s’est éloignée sur la pointe des pieds dès qu’il y a eu signe de perturbations.

Pourquoi un politicien ne se réclamerait-il pas de grands personnages politiques? Cela semble logique, non? Personnellement, ça me rassure que nos hommes et nos femmes politiques aient un sens suffisamment aigu de l’histoire pour comprendre que d’autres, et de belles et grandes figures, sont venus avant eux et que le monde ne s’arrêtera pas non plus avec eux et elles. Et je dois avouer que les figures de Martin Luther King et de Gandhi m’inspirent confiance. Elles me rassurent pas mal plus que celle d’Hitler dont se réclame Bernie Ecclestone, le PDG de la Formule 1 pour qui l’argent l’emporte sur les idées, et qui préférera toujours sans doute rester dans son enclos plutôt que de se lancer dans l’arène politique. Et, en rapport avec l’histoire d’Amir Khadir, elles me réjouissent franchement pas mal plus aussi que celle du caquiste François Legault qui cache son manque de vision derrière les procédures lorsqu’il déclare «Si M. Khadir estime avoir été traité injustement, il portera plainte».

«Croire en quelque chose et ne pas le vivre, c’est malhonnête.»
—Gandhi

«Celui qui accepte le mal sans lutter contre lui coopère avec lui.»
—Martin Luther King

«Je veux être poète, et je travaille à me rendre voyant : vous ne comprendrez pas du tout, et je ne saurais presque vous expliquer. Il s’agit d’arriver à l’inconnu par le dérèglement de tous les sens. Les souffrances sont énormes, mais il faut être fort, être né poète, et je me suis reconnu poète.»
—Arthur Rimbaud

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