Les pages littéraires de Sylvie Bérard

Science-fiction, littérature, écriture

Catégorie: Actualité

La locutrice délocutée

Ça risquiafae d’être intéressant. Je m’en vais au congrès de l’IAFA (International Association for the Fantastic in the Arts) dans quelques jours, présenter une communication sur quelques transgressions narratives dans la science-fiction, et au même colloque il y aura deux communications sur La Saga d’Illyge, une de Sophie Beaulé, sur la transformation du corps, l’autre d’Amy Ransom, sur la traduction. Je compte passer du bon temps intellectuel avec toutes les deux et j’ai promis à la seconde que j’irais réfléchir à haute voix avec les membres du panel.

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Aujourd’hui, une page linguistique

Elle (Aurélie Lanctôt) dit, et je suis d’accord: «En osant être tout à fait honnête avec moi-même, je réalise que la cohabitation avec l’anglophonie fait partie intégrante de mon sentiment québécois. Et, par le fait même, de ma fierté québécoise. Qu’on le veuille ou non. Je pense qu’il est grand temps d’accepter sans complexe que notre identité soit partiellement définie par le bilinguisme ambiant.»
Cependant il (Lothar Baier) dit, et je suis aussi d’accord: «Le bilinguisme de Montréal est un phénomène paradoxal. Il est pratiqué à l’encontre du monolinguisme officiel de la province du Québec qui est remis en question par le fonctionnement social de la ville. Tout cela crée une situation linguistique particulière; dans le Canada anglais, par contre, on prône, dans l’abstrait, le dogme du bilinguisme d’autant plus âprement qu’en réalité, le monolinguisme anglais s’y impose tout naturellement […].» Comment préserver ceci sans perdre cela, et vice versa?

Et comment le faire sans rancune, mais avec un certain sens historique?

Deux fois ne sont pas coutume

Voici une autre contribution sur le conflit social actuel au Québec, suscitée par un témoignage que je viens de lire sur Internet: Eille toué l’ingénieur, touche à rien!: La génération X et le conflit social.

À la veille de m’en aller à mes retrouvailles d’école secondaire (je suis moi aussi de la génération X, celle de la première mouture, mais, moi, ça fait 30 ans que j’ai fini le secondaire, et ce n’était pas une polyvalente mais un collège privé, pour pensionnaires de surcroît, oui, un établissement pour gosses de riches auquel mes parents de classe moyenne avaient décidé de m’inscrire, le fait que j’étais enfant unique ayant favorisé la chose), je retrouve beaucoup d’éléments connus dans ce texte, quoique mon expérience soit toute autre. Il dit que notre génération n’a rien fait et est restée sur son «jambon», dans le temps, dans les années quatre-vingts, lorsque les frais de scolarité ont commencé à dégeler.

Pourquoi est-ce que je vous raconte tout ça ? Comme vous je vois l’actualité. Beaucoup de gens de ma génération, de leur petit confort chèrement acquis regardent ce qui se passe et ont succombé à l’argumentaire du Journal de Montréal et autres et je me dis: «Non». Les gens dans la rue ne font que ce que nous n’avons pas eu le courage de faire. Quelque chose qui aurait du être fait depuis longtemps, se battre pour rendre les études supérieures à tous, peu importe leur origine, c’est ça – me faisait remarque mon ami Patrick –le deal au Québec aussi depuis 50 ans. (Yanick Vaillancourt)

Ce n’est pas exact. Certains l’ont fait, ont protesté haut et fort, j’en étais, et je suis infiniment convaincue que nous avons réussi à ralentir la tendance, durant un certain temps du moins. Sauf que, à l’époque, nous étions en très petit nombre dans la rue, plusieurs membres de notre génération et encore plus la génération des baby-boomers étant restés, eux, confortablement effouarés sur leur steak (oui, André Pratte était déjà celui qu’il est à présent). Même que j’étais étonnée que tout le monde ne soit pas déjà dans la rue pour des enjeux aussi importants. Même que je me suis souvent fait crier par la tête, par des étudiants-de ma génération «va don finir ton bac au lieu de manifester» et je leur répondais que le mien était terminé, que j’étais à la maîtrise, et que c’est pour les autres qui me suivraient que je militais.

C’est peut-être la raison pour laquelle, d’ailleurs, plusieurs de ma génération donnent à cette jeune génération son appui — un appui qu’elle n’a jamais eu.