Les pages littéraires de Sylvie Bérard

Science-fiction, littérature, écriture

« Page décentrée »: Je me rapproche dangereusement de moi-même

«Longtemps, je n’ai pas été attirée par l’autofiction. Dans mes lectures, dans mon écriture. Je n’éprouvais pas une aversion particulière pour l’écriture de soi détournée en roman, mais c’est juste que mon attention semblait se diriger ailleurs, du côté de la création de mondes, de personnages qui n’avaient pas trop l’air d’être une projection de moi.
J’écrivais de la science-fiction, ce qui me permettait d’avoir l’air de me tenir loin de l’autobiographique ou de ne pas me faire poser de questions sur celui-ci. Si j’avais fait des romans se déroulant dans un semblant d’équivalent du même espace-temps que celui dans lequel j’évoluais, parions que les gens auraient pu être plus soupçonneux.»

Dans la livraison du 15 juin de ma «Page décentrée», je réfléchis à l’autofiction, la mienne et celle des autres.

Le document original se trouve sur le site de l’association Pédagogie et pratiques canadiennes en création littéraire (PPCCL).

« Page décentrée »: Philosophie, métaphysique, théologie, et le reste est littérature

«Pour revenir au mème, disons-le franchement : l’image de la lampe de poche dont s’armerait le ou la scientifique ne tient pas la route. En fait, c’est tout le récit qui n’est pas cohérent. Que fabrique tous ces gens, scientifiques, philosophes ou autres, dans cette chambre noire? Illes cherchent un chat, mais pourquoi un chat précisément? Pourquoi pense-t-illes le trouver dans cette chambre en particulier? Pourquoi se contenter de chercher un chat alors qu’il y a peut-être mille et une autre merveilles dans la pièce, et pourquoi cette pièce en particulier quand il y a tout un univers à explorer? Et je ne parle même pas du fait que toute l’expérience se déroule dans une dark room/chambre noire : et si c’était une photo de chat qui se trouvait dans la pièce et si notre scientifique allait nous la gâcher avec l’éclairage de sa lampe de poche?»

Dans la livraison du 15 mai de ma «Page décentrée», je médite sur un mème et réfléchis à la science et à la créativité.

Le document original se trouve sur le site de l’association Pédagogie et pratiques canadiennes en création littéraire (PPCCL).

Ma mère et les Autres

«On était limité dans notre imagination.» Tu l’es encore, Richard. Tu es non seulement limité dans ton imagination, mais tu l’es dans ton empathie, ta compassion, tout ton esprit. Tu es même limité dans ton amour, je pense, parce que tu te sers de la Fête des Mères pour distiller ta malveillance. Car ton besoin d’attaquer tout ce qui n’est pas toi, tout ce que tu ne comprends pas, lui, semble sans limite. Ou alors, tu fais semblant pour qu’on continue de te payer pour le faire, c’est du pareil au même…

Ma mère et moi à Toronto en 1997.

Moi, ma mère est née en 1930, sans doute de la même génération que la tienne puisque nous sommes à peu près du même âge, toi et moi. De par ses origines, de par sa culture catholique canadienne française, de par son éducation, elle avait ses propres défis – nous avons tou·te·s les nôtres. Je ne sais pas ce qu’elle aurait pensé du débat actuel sur la laïcité, elle est décédée il y a quelques années et elle était déjà trop malade lorsque la discussion s’est amorcée*. Je ne sais pas non plus comment elle percevrait toute la révolution actuelle au sujet du genre et de l’inclusion. Je ne sais pas non plus si elle mégenrerait ou non mes ami·e·s trans J***, M***, A*** et les autres…

Ce que je sais, c’est qu’elle m’a élevée dans l’ouverture à l’autre qui est la moitié du temps moi-même, et qui n’est en fait autre que tant que je le garde à distance. La chanson «L’étranger» de Pauline Julien, ça te dit quelque chose? Sauf que ma mère ouvrait aussi son cœur. J’ai grandi dans un quartier où se côtoyaient plusieurs communautés culturelles. Quand j’étais petite (c’était au tournant des années soixante-dix), quand elle rentrait de son travail sur la rue Chabanel, elle nous relatait ses plus récentes conversations avec ses collègues de travail. Elle vivait le multiculturalisme au quotidien avant même que le mot ne soit appliqué par nos gouvernements.

Il y avait son ami Chiraz ou Shiraz qui venait d’un pays musulman d’Afrique. Sa petite sœur était venue le rejoindre; elle voulait porter ses vêtements traditionnels, mais il l’encourageait à s’habiller à l’occidentale parce que c’était maintenant ici qu’elle habitait. Sa petite sœur était d’un autre avis. Ma mère l’écoutait et discutait du pour et du contre avec lui.

Il y avait Susan, la jeune fille juive orthodoxe qui intriguait bien ma mère: elle ne comprenait pas que, pour des raisons culturelles, elle doive cesser de travailler après son mariage qui approchait. Elle ne comprenait pas non plus la nécessité de couvrir ses beaux cheveux. Elles en parlaient ensemble.

Il y avait aussi Mireille, commis de bureau le jour, danseuse nue le vendredi soir. Cela rendait ma mère perplexe, car elle se demandait comment on pouvait avoir l’audace de se déshabiller ainsi en public. Je l’aimais sans la connaître, Mireille, parce que c’est par son truchement que j’avais hérité d’une minijupe en suède. Tout de même, le soir de la Tempête du siècle, c’est en portant les bottes à talons hauts de Mireille, qui lui montaient jusqu’en haut des cuisses parce que ma mère n’avait pas de longues jambes de danseuse à gogo, qu’elle est rentrée à pied dans la neige.

Il y avait mes ami·e·s également, avec qui ma mère se montrait toujours ouverte d’esprit et encline à la conversation. Chaque fois qu’il est question de ma mère, B***, une de mes meilleures amies de l’école secondaire, revient toujours sur le fait que celle-ci, plutôt que de la juger comme le faisaient les autres parents, plutôt que de me dire «je ne veux pas que tu te tiennes avec elle», s’assoyait avec elle et jasait. Même quand j’étais occupée à autre chose, elles bavardaient ensemble. Ma mère faisait cela avec tout le monde: parler pour les connaître, pour ne pas se laisser limiter dans son imagination.

Quand j’ai appris à ma mère que j’étais lesbienne (on ne disait pas queer ni lgbtq2s), j’avoue qu’elle ne l’a pas tout de suite bien pris. Il lui a fallu quelques jours. Elle semblait se soucier surtout des gens autour: «Que va dire ta tante?» Mais elle m’a écoutée, et elle a toujours bien accueilli mes ami·e·s gai·e·s (on ne disait pas queer ni lgbtq2s). Elle a a ouvert grand son cœur à ma blonde avant même que tout le reste de la famille soit au courant.

J’aimerais avoir eu l’occasion de présenter à ma mère tou·te·s mes magnifiques ami·e·s dans leur belle diversité. Elle aurait été curieuse, je pense, n’aurait pas caché son étonnement, le cas échéant. Elle serait vite allée à leur rencontre. Je suis sûre qu’elle aurait eu beaucoup de questions à poser (désolée, J***, mais tu ne t’en serais pas sauvé!) à mon bon ami trans que son fils appelle maman; elle aurait voulu comprendre. Je lui aurais aussi parlé de cet autre couple de ma connaissance, elles sont lesbiennes et l’une d’elles est trans, mais elle ont eu la chance de procréer ensemble (A***, my mom also spoke English, so you would get your share of questions!).

Alors, Richard, je ne sais pas pour ta mère, mais je sais que la mienne m’a transmis cet esprit d’ouverture. Parfois moi-même, à cause de ce que je suis peut-être, ou des personnes que je côtoie, j’ai sans doute repoussé ses limites, mais jamais elle ne m’a repoussée, elle. Je n’ai toujours senti que de l’amour et de l’intérêt pour ce que j’étais, pour ce que le monde était. Et c’est cet héritage que je porte en moi.

Il n’est jamais trop tôt ou trop tard pour repousser ses limites, Richard.

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* Ma mère est décédée des suites de la maladie d’Alzheimer en 2015. Je l’évoque dans mon recueil Oubliez.

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En attendant, en cette belle journée de la Fête des Mères, j’ai une pensée très tendre pour Fleurette, la mienne, qui a contribué à faire de moi ce que je suis. Tu me manques tous les jours, maman, et en même temps tu restes là, tout près.

Moi, avec ma mère, autour de 2010.

« Page décentrée »: Cette chronique fera relâche

«Cette chronique fera relâche ce mois-ci. Je n’ai pas le temps de l’écrire, je suis trop occupée à autre chose… respecter des dates d’échéance… rédiger des rapports… remplir des formulaires. Vivre ma vie d’adulte, loin de mon enfant créatrice. Le pire, c’est que ça ne me réussit pas.»

Dans la livraison du 15 avril de ma «Page décentrée», j’explique pourquoi je n’ai pas le temps d’écrire ma chronique de ce mois-ci.

Le document original se trouve sur le site de l’association Pédagogie et pratiques canadiennes en création littéraire (PPCCL).

SuperSy

Laissez-moi vous avouer une chose: j’aime SnapChat. Pas comme outil de communication; j’ai déjà bien assez des messages texte, de Messenger, du courriel et des gens qui trouvent encore le téléphone utile. Non, j’utilise SnapChat pour prendre des selfies transformés de moi. On peut s’améliorer sur ces photos, mais, moi, je les prends surtout pour m’empirer et amuser la galerie de mes destinataires. J’en tire parfois de petits films que je bidouille sur Magisto et qui me servent à faire rigoler un public encore plus restreint. J’ose aujourd’hui partager le plus récent échantillon de ces films, en espérant vous faire sourire un peu.