Se scandaliser

par Sylvie Bérard

Publication de Donald Trump sur les sanctions et le chaos mondial.

Ça ressemble à un mauvais rêve, tu sais, le genre où l’apocalypse se déroule au ralenti sous tes yeux, où tout est urgent mais rien ne fonctionne, tu essaies de bouger, d’agir, mais tu es pris·e dans des tentacules qui se resserrent juste assez pour t’empêcher de t’en libérer, ou tu t’agites pour te préparer en sachant que le temps file, mais quelque chose te retient, comme si tu ne trouvais pas ton pantalon ou les toilettes, que ta voix ne sortait pas, que la porte ne s’ouvrait pas ou coinçait, et pendant ce temps, le monde bascule toujours davantage dans le chaos, indifférent à ta paralysie, à ce spectacle de l’horreur. Ce n’est pas seulement de la peur, c’est ce mélange désorientant d’urgence et d’impuissance, où tu vois parfaitement ce qui se passe tout en te sentant incapable d’intervenir, et sans aucun secours en vue.

Et pourtant, les gens au pouvoir, celles et ceux qui pourraient interrompre la chute, semblent évoluer dans un tout autre tempo. Oui, iels « se scandalisent », publient des déclarations, suivent des procédures, comme s’il s’agissait d’un simple incident plutôt que d’une crise en cascade, creusant encore l’écart entre l’urgence de la situation et la timidité des réponses, entre l’ampleur de la menace et la petitesse des gestes censés la contenir.

Le cauchemar dure depuis des mois. Chaque moment donne l’impression qu’il devrait enfin déclencher quelque chose de décisif, et pourtant il devient simplement un repère de plus, une nouvelle escalade, une nouvelle normalisation de ce qui n’aurait jamais dû être acceptable. Et aujourd’hui ne fait pas exception: il ressemble plutôt à un nouveau sommet dans cette abjection sans fin, un nouveau bas-fond dans la même descente continue.