Les pages littéraires de Sylvie Bérard

Science-fiction, littérature, écriture

Catégorie: Science-fiction

Legi, vidi, scivi*

Couverture de Une sorte de nitescence langoureuse de Sylvie Bérard

J’ai reçu cette semaine mes droits d’auteure pour 2020 de l’une de mes maisons d’édition et je suis, encore une fois, un peu surprise par les faibles ventes de Une sorte de nitescence langoureuse. Il est rare que les auteurices ou les éditeurs parlent de leurs chiffres de vente, car c’est comme un tabou, mais j’ai envie d’en dire quelques mots ici. Je sais qu’il y a aussi le prêt en bibliothèque, et que les romans ont parfois plus que 3 années de vie, et par ailleurs ce n’est pas une priorité pour moi de vivre de ma plume, mais si je le compare à mes autres publications et, toutes proportions gardées, même à mes recueils de poésie, je constate quand même combien il a été relativement peu connu. Pas peu aimé, pas peu critiqué, juste et simplement peu lu, vu, su.

D’un côté, j’ai tendance à dire CQFD : ce roman, publié par un éditeur de science-fiction québécois, connaît le sort du roman fictif de science-fiction qu’il met en scène; il est soigneusement contourné par la critique quand il n’est pas dédaigné (rappel : quand j’ai gagné le Prix des lecteurs de Radio-Canada pour Terre des Autres, un célèbre chroniqueur qui faisait la couverture officielle de l’événement avait ouvertement manifesté son étonnement, chose que, je pense, il n’aurait pas osé faire s’il ne s’était pas agi d’un roman de genre). Si vous avez la mémoire courte, vous trouverez peut-être que j’ai tort, parce qu’on couvre pas mal la science-fiction québécoise en ce moment. Cependant, si vous n’avez pas commencé à vous intéresser à la science-fiction il y a cinq minutes, vous serez peut-être du même avis que moi. Dans l’un et l’autre cas, c’est avec plaisir que j’en discuterai avec vous.

D’un autre côté, je suis quand même perplexe et je cherche encore une explication. Bien sûr, je pourrais accepter l’idée que j’ai écrit un mauvais roman. Même en éliminant tous les autres facteurs, il se peut que ce soit une hypothèse valide. Cependant, je demande à être convaincue qu’un roman puisse ne pas se vendre parce qu’il n’est pas aimé. Et j’ai une foule d’autres hypothèses à évaluer dans l’intervalle, dont celle du livre qui n’a pas rejoint son public pour une raison ou une autre. Et ces raisons, puisqu’on l’a peu acheté mais critiqué positivement quand on l’a fait, sont sans doute en partie paratextuelles : nom de l’éditeur qui renvoie à la littérature de genre (mon roman était seulement le second titre de la collection « Autrement » chez Alire), titre un peu sibyllin (quoique éloquent une fois qu’on a lu le récit — et franchement il en vaut bien d’autres), illustration de la couverture (superbe, quant à moi, tout comme les illustrations intérieures, et j’en remercie Bernard Duchesne et mon éditeur). Je vois aussi des raisons plus péritextuelles, dont la propension qu’ont eue les libraires à classer mon roman dans la section « science-fiction », d’une part, sans jamais, d’autre part, le faire transiter par leur rayon des nouveautés. Ainsi, mon roman n’a pu être découvert, la plupart du temps, comme nouveau livre de littérature générale, tout en étant peut-être trouvé, par ailleurs, entre La Saga d’Illyge et Terre des Autres par un lectorat de science-fiction qui a dû se demander à quoi rimait cette escroquerie. De tout cela aussi nous pourrions discuter.

Tout cela, je ne le dis pas ici pour me poser en écrivaine incomprise. Les critiques de mon roman m’ont montré qu’il était en fait très bien compris lorsqu’il était lu. Je l’écris surtout pour vous expliquer que, moi, je cherche à comprendre.

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*J’ai lu, j’ai vu, j’ai su.

Ma plus récente nouvelle de sf

Le 17 septembre 2020, n‘était pas lancée (pour des raisons évidentes de covid19) l’anthologie Futurs (disponible en librairie), publiée sous la direction de Mathieu Villeneuve et à laquelle j’ai eu le plaisir de participer. Depuis, l’anthologie fait son petit bonhomme de chemin et reçoit en fait un accueil des plus réjouissants (les collectifs passent parfois inaperçus). L’ouvrage réunit dix nouvelles de science-fiction. Le projet est simple: « Futurs propose justement d’explorer ce que l’avenir, pluriel et changeant, nous réserve. » Les auteur·trice·s ont relevé le défi à leur manière personnelle, mais comme j’ai collaboré au livre, je vais me garder une petite réserve. Je ne le commenterai pas et vous laisserai le découvrir. Voici néanmoins ce qu’en disait une critique du 16 octobre:

Avec ses nombreuses nouvelles, Futurs est un livre qui se consomme avec modération (ou non). Considérant que les textes varient en longueur, le lectorat n’a pas l’opportunité de s’ennuyer. Les autrices et les auteurs du recueil ont réussi avec brio à composer des histoires qui, par leur étrange proximité avec la réalité, captivent complètement leur auditoire. Chacune des nouvelles, sans exception, est porteuse de questionnements qui méritent que l’on s’y attarde. Pour ce qui est de la qualité de l’écriture, les autrices et les auteurs, par leur diversité et par leur prouesse stylistique, ont réussi à tenir le lectorat en haleine jusqu’aux toutes dernières pages.

Laura Lafrance, Zone Campus

Et voici comment le livre était présenté dans Le Devoir du weekend dernier:

Paru chez Triptyque, dans la collection Satellite, Futurs permet à dix nouvellistes d’explorer ce que l’avenir nous réserve. Le directeur, Mathieu Villeneuve, rappelle que les auteurs de science-fiction affectionnent depuis longtemps la forme brève : « Cela s’explique peut-être par la grande liberté du genre. En quelques milliers de mots, il est possible de voyager dans le temps et dans l’espace, de remettre en question l’histoire et l’avenir, de désamorcer nos préjugés. La science-fiction n’est pas un genre mineur : c’est le genre de l’avenir ! Dans ce collectif, il y a une diversité de genres, d’orientations sexuelles, d’origines et de générations. J’ai aussi mêlé des auteurs connus à d’autres qui méritent de l’être davantage. » 

Christian Saint-Pierre, Le Devoir

Futurs faisait aussi partie des coups de cœur du 16 octobre des journalistes du Métro.

De quoi demain sera-t-il fait? Sous la direction du romancier québécois Mathieu Villeneuve, des autrices et auteurs nous proposent de répondre à cette question avec 10 nouvelles réunies dans le recueil Futurs. On navigue ainsi entre différentes visions de l’avenir, racontées par le prisme de la science-fiction, du fantastique et même parfois de l’horreur. Réalité virtuelle, manipulation génétique, rapport à la mort… En anticipant le futur, ces auteurs nous permettent d’ores et déjà de questionner le présent.

Elena Broch, Le Métro

La croisée des mots

Regardez la Croisée des mots avec Sylvie Bérard!

Si vous avez manqué La croisée des mots du 14 octobre, organisée par l’AAOF-Association des auteures et auteures de l’Ontario français et animée par Hugues Beaudoin Dumouchel en direct sur Facebook, vous pouvez vous rattraper! (Si le lien ne fonctionne pas directement, cliquez ici.)

écrit des histoires

Poésie littérale et science-fiction métaphorique

Participe présent, no 79 (été 2020).

Dans le plus récent numéro de Participe présent, magazine de l’AAOF-Association des auteures et auteurs de l’Ontario français, consacré à la littérature de genre franco-ontarienne, j’ai publié une réflexion où je mets en vis-à-vis l’écriture de science-fiction et la poésie. La voici ci-dessous. Le numéro complet se trouve sur le site de l’AAOF.

Sylvie-Berard-Poesie-litterale-et-science-fiction-metaphorique-PPresent-79-ete-2020