Lancement de Mes morts jeune


There is also an English version of this article.
Lors d’un récent échange avec ChatGPT, j’ai posé des questions au sujet d’un centre de détention pour personnes migrantes aux États-Unis, situé dans les Everglades en Floride; un site que que les gens et les médias ont commencé à appeler « Alligator Alcatraz », les trumpistes en faisant même circuler des t-shirts. Ma première question supposait que ce centre existait déjà, et je voulais connaître les conditions officielles de détention comparées à la réalité des infrastructures sur place.
Au début, à ma grande surprise, ChatGPT m’a répondu fermement qu’il n’existait pas de « Alligator Alcatraz ». Elle insistait sur le fait qu’il s’agissait d’une pure fiction : un terme satirique né de mèmes se moquant des politiques anti-immigration sévères. Selon ChatGPT, il n’y avait aucune preuve crédible de l’existence d’une telle installation sous ce nom, ni d’articles de presse réputés rapportant son existence. Sa position était claire :
✅ Il n’y a aucun plan confirmé ni aucune annonce officielle concernant un centre de détention pour migrants sans papiers dans les Everglades. Aucune politique officielle du gouvernement américain, aucun rapport de presse crédible, ni aucun document juridique n’indique qu’une telle installation est en cours de construction ou d’exploitation à cet endroit.
✅ « Alligator Alcatraz » n’est pas un nom officiel pour un quelconque centre de détention réel. L’expression apparaît dans des mèmes, des blagues sur les réseaux sociaux et des commentaires satiriques se moquant de propositions migratoires extrêmes — notamment celles visant à envoyer des migrants dans des zones reculées et dangereuses, comme des marais peuplés d’alligators.
J’étais choquée. Pendant un instant, j’ai même douté de mes propres sources et je me suis demandé si le monde entier n’était pas tombé dans un gigantesque hypertrucage (deepfake). Mais cela ne pouvait pas être vrai, car les sources que j’avais trouvées comprenaient PBS, CNN et d’autres médias relativement fiables. J’ai donc continué à interroger l’IA, en partageant des liens vers différents articles. Pourtant, ChatGPT résistait aux faits, allant jusqu’à nier l’existence des pages que je lui fournissais :
Lorsque j’ai demandé si cela signifiait que PBS, CNN ou Wikipédia mentaient, ChatGPT a insisté sur le fait que les liens que j’avais partagés étaient faux :
Frustrée, je suis brièvement passée sur Gemini (une autre IA) et j’ai posé la question : Est-ce que « Alligator Alcatraz » existe vraiment ? La réponse a été sans équivoque :
« Oui, “Alligator Alcatraz” existe. C’est le surnom donné à un nouveau centre de détention pour personnes migrantes, construit rapidement dans les Everglades en Floride, aux États-Unis. »
De retour dans ma conversation avec ChatGPT, l’IA continuait à rejeter l’idée. Ce n’est que lorsque j’ai spécifiquement demandé s’il y avait un nouveau centre de détention dans les Everglades, sans utiliser le surnom, que ChatGPT a finalement reconnu :
À partir de là, ChatGPT a commencé à proposer des éléments d’analyse. Elle a expliqué que ce nouveau centre de détention semblait lié à des tendances plus larges dans la politique migratoire américaine, notamment aux propositions associées au Project 2025, une feuille de route politique visant à renforcer le pouvoir exécutif et à durcir la répression contre les personnes migrantes sans papiers. Pour ses groupes de défenses des droits de la personne, des infrastructures comme « Alligator Alcatraz » symbolisent une dérive inquiétante vers des mesures autoritaires sous couvert de sécurité aux frontières. Etc.
Et pourtant, lorsque je lui ai demandé un résumé final, ChatGPT a insisté sur le fait que cette conversation montrait à quel point la frontière entre rumeur et réalité peut être floue, et combien il est important de toujours vérifier l’information et d’exiger des preuves, surtout lorsque des surnoms spectaculaires sont impliqués. Mais pour moi, cela semblait hors sujet ! J’ai eu l’impression que ChatGPT était en train de me gaslighter. Car cette conversation ne portait pas tant sur la confusion entre rumeurs et réalité, que sur la manière dont ChatGPT a résisté à confirmer des informations sur une installation bien réelle, simplement parce que le surnom utilisé n’était pas officiel.
Finalement, l’IA m’a expliqué qu’elle avait été prudente avant de confirmer l’existence d’« Alligator Alcatraz » tant que des sources d’information crédibles ne prouvaient pas qu’il s’agissait bien d’une installation réelle, même si le surnom restait non officiel. Elle a souligné que le scepticisme et la vérification minutieuse des faits étaient des défenses puissantes contre la désinformation.
Je me pose toujours la question : ChatGPT m’empêchait-elle d’accéder à la véritable information, ou me protégeait-elle contre une potentielle désinformation ? Qu’en pensez-vous ?
Une fois n’étant pas coutume, voici un article en anglais. La version française est ici.
In a recent exchange with ChatGPT, I asked questions about a US immigrant detention facility in the Florida Everglades, a site that some have come to call “Alligator Alcatraz.” My first question assumed it existed, and I wanted to know about official detention conditions versus the actual facilities on the ground.
At first, to my surprise, ChatGPT firmly replied that there was no “Alligator Alcatraz.” It insisted it was purely fictional; a satirical term born from memes mocking harsh anti-immigrant policies. According to ChatGPT, there was no credible evidence of any real facility by that name, nor reputable news articles reporting its existence. ChatGPT’s stance was clear:
✅There is no confirmed plan or announcement for a detention facility for undocumented immigrants in the Everglades. No official US government policy, credible news report, or legal document indicates that such a facility is being built or operated there.
✅“Alligator Alcatraz” is not an official name for any real detention centre. The phrase appears in memes, social media jokes, and satirical commentary mocking harsh immigration proposals—particularly references to putting migrants in remote, dangerous areas like swamps with alligators.
I was shocked. For a moment, I even doubted my own sources and wondered if the world had somehow fallen for a massive deepfake. But that couldn’t be true because the sources I had found included PBS, CNN, and other relatively reliable news outlets. So I kept probing the AI, sharing links to various articles. Still, ChatGPT resisted the facts, even denying that the pages I was providing ever existed:
When I asked whether this meant PBS, CNN, or Wikipedia were lying, ChatGPT insisted that the links I had shared were fake:
I briefly switched over to Gemini (another AI) and asked the question: Is “Alligator Alcatraz” real? The answer was unequivocal: “Yes, ‘Alligator Alcatraz’ is real. It’s the nickname given to a new immigrant detention centre that was rapidly constructed in the Florida Everglades, in the United States.”
Back in my conversation with ChatGPT, it kept rejecting the idea. It was only when I specifically asked whether there was a new detention facility in the Florida Everglades, without using the nickname, that ChatGPT finally acknowledged:
From there, ChatGPT began providing analysis. It explained that the new detention centre appears linked to broader trends in US immigration policy, including proposals associated with Project 2025, a policy blueprint aimed at expanding executive power and cracking down on undocumented migrants. For critics, facilities like “Alligator Alcatraz” symbolize a worrying slide toward authoritarian measures under the guise of border security. Etc.
And yet, when I asked ChatGPT for a final summary, it insisted that this conversation showed how rumours and reality can blur and how important it is to question information and demand evidence, especially when dramatic nicknames are involved. But to me, that felt beside the point! It almost felt like ChatGPT was gaslighting me. Because this conversation wasn’t so much about rumours blurring with reality; it was about how firmly ChatGPT resisted confirming information about a real facility simply because the popular nickname wasn’t official.
Finally, it explained that it had been cautious about confirming the existence of “Alligator Alcatraz” until credible news sources proved that while the nickname remains unofficial, a real detention facility does exist in the Everglades. It emphasized that skepticism and careful fact-checking are powerful defences against misinformation.
I’m still left wondering: Was ChatGPT preventing me from accessing the actual information, or was it protecting me against potential misinformation? What do you think?
Dans ma jeune vingtaine, avec neuf autres membres du comité femme de l’association étudiante de l’UQAM dont le sigle comportait déjà à l’époque plus de lettres que « 2SLGBTQI+ », j’ai pris la route en direction de Washington. Par un beau vendredi soir, notre petite équipe s’est entassée dans deux voitures, dont la pas très spacieuse Pontiac Sunbird de ma mère, pour y participer à une grande marche des femmes. On n’était pas le 8 mars mais le 9 avril*, cependant l’intention était la même: revendiquer, encore et encore, l’égalité des droits pour les femmes. Équipé·es d’une carte personnalisée du CAA (parce que les gps n’avaient pas encore été commercialisés), nous avons parcouru en une nuit les 1000 km qui séparaient alors Montréal de la capitale états-unienne**. Au petit matin, l’autoroute surélevée de Baltimore m’a semblé si familière que j’ai eu l’impression d’halluciner, tant le paysage évoquait l’autoroute métropolitaine de Montréal. Pourtant, nous étions bel et bien sur le point d’arriver à Washington dans la maison où nous serions hébergé·es pour le week-end, une commune trotskyste qui n’a pas trop su comment recevoir les savons de fantaisie que, ignorant·es à notre départ des allégeances anticapitalistes des gens qui nous accueillaient, nous leur offrions en guise de « cadeau d’hôtesse ».
J’avais peu dormi sur la route, étant une des deux conductrices désignées de notre voiturée de cinq personnes, et la fébrilité de l’événement n’a pas été propice au sommeil durant la nuit qui a précédé notre grande marche. J’ai donc vécu cette journée dans une sorte de brume onirique. Il est vrai que la foule colossale réunie autour du monument de Washington ce jour-là avait quelque chose d’irréel. Par-delà les frontières, nous sentions solidaires de ces 600 000 femmes de la March for Women’s Equality, Women’s Lives, qui luttaient entre autres pour les droits des femmes à disposer de leurs corps, une question cruciale symbolisée par le célèbre jugement Roe v. Wade.
De ce côté-ci de la frontière, les années 1989-1990 aillaient par ailleurs voir émerger des réponses indispensables face à la résurgence de l’antiféminisme au Canada. Parmi les enjeux majeurs, la cause Tremblay c. Daigle, qui affirmait le droit d’une femme à décider de subir un avortement sans le consentement du géniteur, a été un véritable tournant. Cette période a été marquée par des événements tragiques comme l’attentat féminicide à Polytechnique, qui a profondément choqué la nation, ainsi que la montée en puissance du groupe de droite Real Women, qui s’opposait à de nombreuses avancées en matière de droits des femmes. Ces défis ont nécessité une mobilisation accrue des mouvements féministes pour défendre et faire progresser les droits des femmes au Canada.
Trente-cinq ans plus tard, j’aimerais pouvoir dire que nous sommes ailleurs et que les antiféministes et les masculinistes n’ont pas ralenti l’histoire, mais ce n’est hélas pas le cas. Oui, il y a eu de belles percées par rapport aux droits des femmes, notamment quant au droit à l’avortement libre et gratuit qui est maintenant une chose acquise au pays… mais qu’il ne faut pas prendre pour acquise dans une époque où l’extrême-droite revient menacer les droits humains. Les femmes se sont taillé peu à peu une belle place en politique, jusqu’au plus récent cabinet libéral fédéral, composé d’un nombre égal d’hommes et de femmes, et de femmes dans des ministères clés tels que les Affaires étrangères… même si les candidates ont toujours du mal à se faire élire comme premières ministres ou mairesses et que celles qui y sont parvenues ont été attaquées non seulement comme politiciennes, ce qui serait de bonne guerre, mais dans leur intégrité personnelle. Les femmes occupent de plus en plus des métiers non traditionnels et plusieurs femmes se sont taillé une place dans la haute administration… et pourtant il existe encore un important écart salarial entre les hommes et les femmes; de plus, les femmes occupant des postes de haute direction sont encore en minorité et les présidentes de conseils d’administration, encore plus***! Ces dernières années le féminisme occidental a été le lieu d’une prise de conscience intersectionnelle et inclusive, s’écartant des stéréotypes de genre et incluant les transidentités… tout cela tandis que des tentatives persistantes cherchent à recentrer le féminisme sur des croyances transphobes, homophobes et racistes, menaçant ainsi d’exclure des voix et des expériences essentielles.
Pendant ce temps, on a assisté et on assiste toujours à la montée du masculinisme dont le principal message repose sur la prétendue injustice subie par les hommes en raison des avancées féministe. Les violences sexistes se perpétuent, dans la vraie vie et sur les réseaux sociaux et les femmes, notamment les figures publiques sont massivement victimes de cyberharcèlement. En particulier, le féminicide, ce geste d’un homme qui se donne le droit de vie ou de mort sur une femme, continue de survenir en nombre alarmant****. Les violence gynécologiques et obstétricales demeurent une réalité et plusieurs cas montrent le biais sexiste du milieu médical. La droite canadienne continue de menacer de remettre en question le droit à l’avortement.
Alors qu’est-ce que je dirais à la jeune moi de la jeune vingtaine qui, pleine d’entrain et d’illusions, s’en allait manifester à Washington? Je lui dirais, malheureusement, dans le contexte actuel, de ne pas présumer de qui sont ses allié·es. Parfois, on a de désagéables surprises. J’avoue que, même si je demeure évidemment solidaire de la cause des femmes états-uniennes, j’aurais peur d’aller y manifester à l’heure actuelle, parce que ce n’est plus un pays sûr pour les minorités de genre et autres groupes minorisés… sans compter pour les visiteuses féministes du pays voisin. Mais pour en revenir plus précisément au féminisme actuel, je lui dirais aussi que rien n’est gagné et qu’il faut être persévérante. La violence de genre s’est, hélas, adaptée aux réalités contemporaines. Aujourd’hui, avec une conscience intersectionnelle, le féminisme doit articuler ses luttes contre les inégalités structurelles et systémiques, tout en prenant en compte les nouvelles manifestations d’injustice et de domination, comme les violences numérique et réactionnaire. Il fait face à une opposition constante et je dirais croissante, mais aussi à des formes d’appropriation pernicieuse qui en détournent et en diluent la portée. C’est tout un défi de rester en alerte féministe quand on a l’impression que plus on avance, plus on recule. Et pourtant il faut continuer de marcher.
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* De toute façon, 8 mars ou 9 avril, Google Calendar s’en fout qui a rayé de sa liste des jours importants de l’année la Journée internationale des droits des femmes, de sorte qu’on peut dire que c’est quotidiennement une journée de luttes.
** Ces jours-ci, ce sont 62 millions de km, soit la distance moyenne entre la Terre et Mars, qui séparent les deux villes.
*** Vérification faite, selon des chiffres de 2022, l’écart salarial entre les hommes et les femmes est encore de 12%; les femmes occupent toujours à peine 31% des postes de haute direction; moins de 2% des présidents de conseils d’administration sont des femmes.
**** En 2024, 187 femmes ont été assassinées au Canada par des membres de leur famille, le plus souvent des hommes, proches d’elles par le sang, par le mariage ou l’adoption, ou par des hommes qu’elle côtoyaient (voir : https://femicideincanada.ca/fr/qui/se-souvenir/2024-victimes/).
Quand j’étais enfant, à l’île Perrot où ma famille possédait un chalet et où je passais mes étés, nous avions un sport local qui, à ma connaissance, n’était pratiqué nulle part ailleurs. Quand un voisin pêchait un maskinongé, nous jouions au poisson-ball dans le champ derrière le chalet. Les règlements était sensiblement les mêmes qu’à la balle molle sauf que le bâton était remplacé par le poisson (mort) et la balle, par un petit flotteur de pêche. A la fin du match, l’équipe gagnante remportait le maskinongé et le faisait griller sur un petit hibachi posé sur le marbre, mais d’habitude elle invitait l’autre équipe à le déguster avec elle.
Ouais, de belles années…
(Sur la photo, c’est moi, enfant, qui m’apprête à frapper mon premier coup de circuit. Remarque: j’étais jeune et innocente, et je n’étais pas responsable de la mort du pauvre poisson.)
